Accueil » Blog » Grenade: bienfaits, composition et limites

Grenade: bienfaits, composition et limites

La grenade est un fruit riche en polyphénols et en fibres. Sa teneur en sucre est proche de celle du raisin. Ses effets sur le cholestérol et les artères reposent surtout sur de petites études, parfois non randomisées. En 2010, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a d’ailleurs rejeté les principales allégations santé qui circulent encore à son sujet. Manger le fruit entier, arilles comprises, reste la façon la plus simple d’en tirer les fibres et les polyphénols sans le pic de sucre du jus concentré.

Un fruit de taille moyenne pèse entre 300 et 350 grammes, dont environ la moitié en arilles comestibles. Le reste, écorce épaisse et membranes blanches, se jette. Cette proportion change beaucoup le calcul nutritionnel selon qu’on parle du fruit entier ou de sa seule partie comestible. Peu d’articles français établissent cette distinction avant de donner un chiffre de calories.

Ce que contient réellement une grenade

L’Anses tient à jour la table Ciqual, la référence française sur la composition des aliments. Sa version 2020 attribue à la grenade crue, pulpe et pépins, 80,6 kilocalories pour 100 grammes. Ce chiffre est proche de celui de la pomme. Les glucides s’élèvent à 14,3 grammes pour 100 grammes, au dessus de la moyenne des fruits frais, autour de 11,3 grammes. Les fibres, à 2,3 grammes pour 100 grammes, restent légèrement sous cette même moyenne.

Nutriment Pour 100 g d’arilles Repère
Énergie 80,6 kcal proche de la pomme
Glucides 14,3 g au dessus de la moyenne des fruits frais (11,3 g)
dont fructose 7,1 g
dont glucose 6,2 g
Fibres 2,3 g sous la moyenne des fruits frais (2,77 g)
Lipides moins de 0,5 g fruit sans matière grasse

Sur ces 14,3 grammes de glucides, 13,3 grammes sont déjà comptés comme fructose et glucose libres dans la table Ciqual. Cela représente 93% du total. La grenade contient donc très peu d’amidon. Presque tout son apport glucidique se présente sous une forme de sucre simple, immédiatement assimilable. Cette proportion s’obtient en additionnant les deux lignes du tableau officiel. Aucun des articles consultés pour ce texte, ni Aprifel, ni Dieti Natura, ni Nutrixeal, ne la mentionne.

Combien de sucre apporte une grenade entière

Un fruit entier pèse en moyenne 300 à 350 grammes. Selon les sources horticoles consultées, 50 à 55% de ce poids sont comestibles. Cela correspond à 150 à 190 grammes de pulpe et de graines, une fois l’écorce et les membranes retirées. En appliquant les valeurs Ciqual à cette portion, un fruit moyen apporte entre 120 et 155 kilocalories. Il apporte aussi entre 20 et 25 grammes de sucre, fructose et glucose confondus.

L’Anses a publié en 2016 un avis sur l’actualisation des repères du PNNS. Elle y recommande de ne pas dépasser 100 grammes de sucres totaux par jour pour un adulte, hors lactose et galactose. Une seule grenade fraîche couvre donc à elle seule près d’un quart de ce repère. Aucun sucre n’y est pourtant ajouté. Ce n’est pas un problème pour une personne en bonne santé qui mange le fruit occasionnellement. Le chiffre mérite néanmoins d’être connu avant d’ajouter un verre de jus par dessus. Ce jus apporte une charge en sucre comparable, sans la mâche ni les fibres qui en ralentissent l’absorption.

Le mécanisme derrière l’effet antioxydant

La réputation antioxydante de la grenade vient de sa concentration en ellagitannins, une famille de polyphénols. Ils sont particulièrement abondants dans l’écorce et les membranes blanches, donc dans la partie du fruit qu’on ne mange pas directement. Le jus commercial, pressé à partir du fruit entier, en contient davantage que le jus extrait des seules arilles. Cet écart est documenté par les travaux de Gil et ses collègues, cités sur la page Wikipédia française consacrée au fruit.

Une fois ingérés, les ellagitannins ne sont pas absorbés tels quels par l’organisme. Le microbiote intestinal les transforme en urolithines. Ces composés atteignent ensuite la circulation sanguine et exercent, en laboratoire, une action anti-inflammatoire. Cette transformation varie fortement d’une personne à l’autre selon la composition du microbiote de chacun. Cela explique en partie pourquoi les effets mesurés chez l’humain restent moins réguliers qu’en éprouvette.

Cœur et artères: ce que montrent vraiment les études

L’argument cardiovasculaire le plus cité repose sur une étude israélienne publiée par Michael Aviram et son équipe en 2004. Elle a suivi 19 patients souffrant de sténose carotidienne pendant un an. Les dix patients buvant 50 millilitres de jus de grenade par jour ont vu l’épaisseur de leur paroi carotidienne diminuer. Elle progressait au contraire chez les neuf patients du groupe témoin.

Une étude bien plus large, publiée en 2009 par Davidson et son équipe dans l’American Journal of Cardiology, va dans un sens différent. Elle a testé 240 millilitres de jus par jour chez 289 personnes à risque modéré de maladie coronarienne. Le protocole, randomisé et en double aveugle, a duré dix huit mois. Elle n’a trouvé aucune différence significative de progression de l’épaississement carotidien entre le groupe jus de grenade et le groupe témoin.

Les deux études ne portent ni sur la même population ni sur la même durée. L’écart de taille entre les deux, 19 patients contre 289, pèse aussi lourd dans l’appréciation de leurs résultats respectifs. La littérature de vulgarisation continue pourtant à citer l’étude de 2004 comme preuve d’un effet. Elle mentionne rarement que l’essai le plus large et le mieux contrôlé n’a rien confirmé sur ce critère précis.

Pourquoi l’EFSA a rejeté les allégations santé

En 2010, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a examiné l’ensemble des allégations de santé proposées pour la grenade et ses dérivés. Cet examen s’inscrit dans le cadre du règlement européen sur les allégations nutritionnelles et de santé. Son avis, publié dans l’EFSA Journal sous la référence 2010;8(10):1750, est sans appel. Selon ce texte, aucun lien de cause à effet suffisamment établi ne relie la consommation de grenade au maintien d’une fonction érectile normale, ni à la protection des lipides contre l’oxydation. Le même constat vaut pour les propriétés antioxydantes et anti-âge, pour l’augmentation de l’appétit après une perte de poids involontaire et pour le maintien d’une glycémie normale.

Aucun avis complémentaire n’a été publié depuis sur la grenade. Concrètement, une entreprise commercialisant un jus ou un complément à base de grenade dans l’Union européenne ne peut pas légalement afficher ces allégations sur son emballage. Cette décision ne dit rien de la valeur nutritionnelle du fruit lui même. Il reste une source de fibres et de polyphénols, comme n’importe quel fruit riche en pigments. Elle signale seulement que la preuve d’un effet spécifique et mesurable, chez l’humain, n’a pas convaincu les évaluateurs.

Glycémie, digestion et satiété

La grenade contient des tanins qui ralentissent le transit intestinal. Cette propriété est parfois exploitée en tisane de pelure contre la diarrhée, dans certaines traditions culinaires. Elle peut aussi provoquer des ballonnements chez les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable. Les fibres des graines, environ 2,3 grammes pour 100 grammes d’arilles, contribuent quant à elles à la satiété. Elles ralentissent l’absorption du sucre du fruit, contrairement à un jus filtré qui en est dépourvu.

Sur la glycémie, les données humaines restent limitées. Certaines petites études rapportent une amélioration de la sensibilité à l’insuline chez des patients diabétiques de type 2. D’autres ne trouvent aucun effet mesurable sur la glycémie à jeun. L’avis EFSA de 2010 mentionné plus haut rejette précisément l’allégation portant sur le maintien d’une glycémie normale, faute de preuve suffisante à l’échelle de la population générale.

Interactions médicamenteuses: le mécanisme du cytochrome P450

Le jus de grenade inhibe certaines enzymes hépatiques de la famille du cytochrome P450, en particulier le CYP3A4. Cette enzyme dégrade normalement un grand nombre de médicaments. C’est le même mécanisme que celui, bien documenté, du jus de pamplemousse. L’enzyme dégradant moins vite le médicament, sa concentration sanguine peut dépasser la dose prévue par le prescripteur.

Une étude japonaise conduite par Misaka et ses collègues a mesuré cet effet avec le midazolam, un médicament test classique en pharmacologie. L’essai a suivi des volontaires sains après deux semaines de consommation quotidienne de jus de grenade. Les statines comme l’atorvastatine et la simvastatine, métabolisées par la même voie enzymatique, sont concernées. Il en va de même pour certains anticoagulants tels que la warfarine, dont l’effet peut être renforcé ou diminué selon les cas.

Une personne sous traitement chronique par ces molécules doit rester prudente. Avant d’ajouter une consommation quotidienne de jus concentré, mieux vaut en parler à son médecin ou son pharmacien. Le fruit entier, mangé occasionnellement, pose un risque bien moindre que le jus concentré bu tous les jours. La dose de composés actifs ingérée est alors nettement plus faible et surtout plus irrégulière.

Comment consommer la grenade sans perdre ses fibres

Manger les arilles à la cuillère, membrane blanche écartée, reste la version qui conserve le plus de fibres. Elle limite aussi le pic de sucre par rapport au jus. Pour extraire les grains sans y passer un quart d’heure, couper le fruit en deux au niveau de l’équateur. Taper ensuite le dos d’une cuillère contre l’écorce, au dessus d’un saladier rempli d’eau. Les arilles tombent au fond, les fragments de membrane remontent à la surface et se retirent facilement.

Le jus perd la quasi-totalité des fibres lors du pressage. Il concentre aussi le sucre dans un plus petit volume, ce qui accélère son passage dans le sang. Un jus pressé à partir du fruit entier, écorce comprise comme dans certains procédés industriels, contient davantage de polyphénols qu’un jus tiré des seules arilles. Cette méthode reste toutefois marginale en dehors de la production contrôlée.

Qui doit se montrer prudent

Les personnes sous statines, anticoagulants ou immunosuppresseurs devraient demander un avis médical avant d’intégrer le jus concentré à leur routine quotidienne. Les raisons pharmacologiques sont détaillées plus haut. Les diabétiques doivent, de leur côté, tenir compte de la charge en sucre du fruit entier dans le calcul de leurs apports glucidiques journaliers, environ 20 à 25 grammes par pièce.

Les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable peuvent ressentir des inconforts digestifs liés aux tanins et aux fibres. Le risque grandit en cas de forte consommation en une seule fois. Aucune donnée solide n’établit de risque spécifique pendant la grossesse aux quantités alimentaires habituelles. Les compléments concentrés en extrait de grenade n’ont en revanche pas fait l’objet d’études de sécurité suffisantes chez la femme enceinte pour en recommander l’usage.

Ce qui reste incertain

L’effet du fruit entier sur le cholestérol et la tension artérielle reste mal connu chez une population en bonne santé, non déjà malade. Aucune étude randomisée de grande taille ne l’a mesuré en France ou en Europe. La variabilité individuelle de la transformation des ellagitannins en urolithines par le microbiote intestinal n’est pas non plus mesurable en dehors d’un laboratoire. Il est donc impossible de prédire à l’avance qui profitera le plus du fruit.

Enfin, aucune étude ne compare directement les effets du fruit entier à ceux du jus chez l’humain, sur une durée suffisante pour trancher. En l’absence de cet essai, la prudence consiste à privilégier le fruit entier. Il reste par défaut plus riche en fibres et moins concentré en sucre rapide que n’importe quelle version liquide du même fruit.